Avec Delentra, l’ordinateur cesse d’être un simple écran pour devenir un véritable collaborateur, capable de prendre la main sur presque n’importe quel logiciel installé sur votre PC. Derrière cette IA française, Jean‑Luc Haurais imagine une nouvelle façon de travailler, où le clavier et la souris peuvent enfin être confiés à une machine.
On a tous rêvé un jour de poser la main sur la souris, de regarder l’écran… et de laisser quelqu’un d’autre faire à notre place. Répondre aux mails, remplir ce tableau Excel trop long, naviguer dans ce logiciel que l’on ne maîtrise qu’à moitié. Avec Delentra, ce fantasme prend une forme étonnamment concrète : une IA française qui ne se contente pas de discuter dans une fenêtre de chat, mais qui travaille réellement sur votre ordinateur, dans vos logiciels, comme le ferait un stagiaire particulièrement zélé.
Derrière cette idée un peu folle, il y a un visage, celui de Jean‑Luc Haurais. High‑tech serial entrepreneur, aujourd’hui Group Chief AI Officer chez Advention et Delentra, il a passé ces dernières années à rapprocher l’intelligence artificielle de la réalité quotidienne des entreprises : leurs outils, leurs habitudes, leurs contraintes de sécurité. Delentra est l’aboutissement de ce chemin.
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Du son 3D aux agents d’IA : le parcours de Jean‑Luc Haurais
Avant Delentra, Jean‑Luc Haurais s’est frotté à un autre défi : la spatialisation sonore sur smartphone à travers un casque audio et une simple paire de haut-parleurs. Une technologie d’audio 3D capable de mélanger plusieurs flux sonores dans un même faisceau pour redécouper ensuite la scène sonore de manière spectaculaire, aiguisant ainsi l’appétit de certains constructeurs chinois de smartphone. Affaire à suivre.
Infatiguable, alors que la vague de l’IA générative déferle, changement de registre. Jean-Luc Haurais et son équipe commencent par développer des agents sur mesure pour différentes entreprises : des IA verticales, pensées pour un métier très précis. Ces solutions font des merveilles, mais elles sont lourdes à maintenir, difficiles à dupliquer, coûteuses à chaque nouveau projet. Très vite, une autre idée s’impose : plutôt que recréer un agent de zéro pour chaque client, pourquoi ne pas imaginer une plateforme horizontale, capable de s’adapter à de multiples usages ?
C’est de là que naît Delentra. Un nom qui condense « delegate » et « intra » : déléguer des tâches à l’IA, mais à l’intérieur de l’entreprise, sur ses propres serveurs, sous son contrôle.
Un cerveau central, des mains partout
Pour comprendre Delentra, il faut l’imaginer comme un duo. D’un côté, un hub d’IA installé au cœur de l’infrastructure de l’entreprise. De l’autre, un agent logiciel qui s’installe sur chaque poste, PC ou Mac, et qui agit comme un assistant personnel. Le premier réfléchit, le second exécute.
Le hub répond à un problème silencieux que toutes les grandes organisations connaissent déjà : l’IA sauvage. Les salariés qui ouvrent ChatGPT dans un onglet, collent un passage de rapport stratégique, interrogent un modèle américain avec des données internes sans vraiment savoir où elles finissent. Un confort à court terme qui, à l’échelle d’un groupe, devient vite un cauchemar de confidentialité.
Delentra propose une autre voie. L’entreprise fait tourner son propre « Enterprise GPT » derrière son pare‑feu. Les grands modèles de langage – ces LLM, pour Large Language Models, capables de comprendre et générer du texte – restent accessibles, mais au travers d’un point d’entrée unique, gouverné. Un simple bouton Delentra analyse chaque demande et choisit le modèle le plus approprié, en prenant en compte sa spécialité, ses performances et son coût. L’utilisateur curieux peut, lui, sélectionner le modèle et visualiser son tarif par million de tokens, ces petits fragments de mots qui servent d’unité de mesure au texte.
Surtout, le hub ne se contente pas de faire transiter du texte. Il est capable de générer des machines virtuelles locales, des environnements isolés qui vivent à l’intérieur même de l’infrastructure du client. C’est là que l’on exécute du code, que l’on génère des graphiques, que l’on manipule des données, sans jamais laisser filer l’historique des conversations vers l’extérieur. Une console d’administration interne permet d’allouer des budgets d’IA aux équipes, de suivre les usages et de contrôler la facture sans espionner le contenu des requêtes.
Mais c’est sur le poste de travail que Delentra montre son visage le plus déroutant.
Un assistant qui regarde l’écran et clique à votre place
L’agent Delentra ne ressemble pas à un chatbot. Il ne reste pas confiné dans une bulle de texte. Il regarde ce qui se passe sur votre écran, déplace la souris, clique, tape, écrit, efface. Delentra agit comme un collègue assis à votre place, à qui vous auriez confié le clavier pour la matinée. Regarder travailler cet agent particulier est fascinant.
Techniquement, l’agent fonctionne comme un utilisateur entraîné. Il prend régulièrement des captures de l’écran, les analyse pour comprendre quelle fenêtre est ouverte, quels boutons sont cliquables, quel champ attend une information. Il mémorise les séquences d’actions qui permettent d’atteindre un objectif et s’appuie sur les mêmes modèles d’IA que le hub pour interpréter le contexte et décider de la prochaine étape.
Là où la plupart des assistants actuels restent enfermés dans le navigateur, Delentra traverse les frontières. Il peut intervenir dans un traitement de texte, un tableur, un CRM maison, un vieux logiciel métier jamais prévu pour l’IA, un Photoshop bourré de menus, un DaVinci Resolve truffé de réglages. Tant qu’un humain peut utiliser le logiciel, l’agent peut apprendre à s’y orienter.
C’est ce que les experts appellent l’IA agentique : une IA qui ne se contente plus de générer du contenu, mais qui agit réellement dans l’environnement numérique, de manière autonome ou semi‑autonome, en dialogue avec l’humain.
Des scènes de bureau qui deviennent des démonstrations
De l’e‑mail au communiqué de presse
Imaginez une boîte mail de grande entreprise, saturée de demandes. Dans un scénario Delentra, l’agent surveille une adresse dédiée. Un message arrive : on y demande un communiqué de presse sur un sujet précis. L’agent ouvre Word, assemble un texte en s’appuyant sur les informations internes disponibles, met en forme, vérifie les éléments clés, revient dans le client mail, joint le document, prépare la réponse. Vous n’avez plus qu’à relire et donner votre feu vert. L’ordinateur a réellement travaillé à votre place.
Photoshop comme si un formateur était à côté de vous
Autre décor, plus créatif : Photoshop. Plutôt que s’enfoncer dans les didacticiels pour comprendre ce qu’est un masque d’écrêtage – cette technique qui permet d’appliquer un effet uniquement à l’intérieur des contours d’un autre calque – vous demandez à l’agent de le faire. Sur l’écran, vous voyez le pointeur se déplacer, les menus s’ouvrir, les calques se sélectionner dans le bon ordre. L’opération devient un cours en direct, sur votre propre fichier, pas sur un exemple abstrait. Pour un éditeur de logiciel, cette IA devient soudain un tutoriel interactif embarqué.
Excel, Yahoo Finance et les portefeuilles qui se mettent à jour seuls
Dans un registre plus aride, le principe est le même. Un fichier Excel contient un portefeuille d’actions. À intervalles réguliers, l’agent ouvre un navigateur, se rend sur un site comme Yahoo Finance, récupère les cours, revient dans le tableau, met à jour les cellules, calcule la performance, ajoute éventuellement une colonne de commentaires. La corvée de copier‑coller disparaît derrière un ballet de fenêtres automatisé, qui reste pourtant lisible pour un humain.
Candidatures, factures et autres flux interminables
Delentra se montre tout aussi à l’aise sur les processus de masse : relances de factures, gestion de dossiers, traitement de candidatures. L’agent peut lire des dizaines, voire des centaines de CV, en extraire les informations clés, les organiser dans un tableau, proposer une première shortlist argumentée en fonction des critères du demandeur. Le recruteur ne perd plus son temps à trier les piles : il reprend la main là où son expertise a le plus de valeur.
Orchestration : de l’agent unique à l’« armée numérique »
Là où Delentra se distingue vraiment, c’est lorsqu’on arrête de penser en termes d’agent solitaire. Avec un module baptisé Delentra Orchestrator, Jean‑Luc Haurais et son équipe imaginent une mise à l’échelle radicale : non plus un assistant, mais plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d’agents (500 et plus) qui travaillent en parallèle, sous la supervision d’un chef de projet numérique.
Un exemple illustre bien ce changement d’échelle : l’écriture d’un ouvrage de 150 chapitres sur l’histoire des marques, un document fleuve de plus de 1 600 pages. Dans un fonctionnement classique, même dopé à l’IA, une telle production se cale sur le temps de réponse d’un seul modèle. Dans l’univers Delentra, un agent joue le rôle de coordinateur. Autour de lui, une multitude d’agents se partagent les chapitres, rédigent, structurent, harmonisent. Le tout s’assemble en quelques minutes là où un humain parlerait en jours de travail.
C’est cette vision qui nourrit la métaphore de la « Delentra Company » : une entreprise virtuelle composée uniquement d’agents, organisée en hiérarchie, avec une IA centrale qui répartit les missions. L’humain, lui, reste au sommet, non pas pour cliquer, mais pour définir l’intention, le cadre, le résultat attendu.
Pour qui, et à quel prix ?
Delentra ne se destine pas au particulier qui veut gagner trois minutes sur une liste de courses. La cible, pour l’instant, est clairement l’entreprise : grands groupes, ETI, organisations pour lesquelles la sécurité des données est cruciale et où les tâches répétitives représentent un volume suffisant pour justifier une automatisation ambitieuse.
Le hub B2B est déjà commercialisé. L’agent client‑side doit être lancé d’abord dans ce contexte professionnel. Le modèle choisi est celui de l’abonnement, avec un prix d’appel autour de 99 € par mois et par utilisateur. De prime abord, la somme peut surprendre. Mais l’équipe assume la comparaison : si un agent peut prendre en charge ce que l’on confiait hier à plusieurs stagiaires, ou absorber des flux de tâches qui saturent les équipes, le retour sur investissement se mesure en temps libéré et en erreurs évitées.
L’installation, elle, se veut presque banale : un programme à télécharger sur le site de Delentra, un agent qui se configure, des droits à accorder. Pas de grand soir technique, pas de migration forcée : l’outil vient se glisser dans l’existant.
Une IA française qui vise l’Europe
Dans un paysage dominé par les géants américains, Delentra revendique un ancrage « 100 % français ». Le code, l’infrastructure, la gouvernance : tout est pensé pour répondre aux attentes de souveraineté des entreprises européennes, dans la lignée des initiatives mises en avant par des acteurs comme Hub France IA autour de l’IA agentique.
L’ambition est claire : occuper, sur le terrain de l’automatisation par IA, une place comparable à celle de certains acteurs français sur les modèles de langage. Pour accompagner le lancement, une levée de fonds est en cours, et des discussions sont engagées avec le ministère du Numérique pour inscrire Delentra dans ce récit plus large d’une IA européenne qui ne se contente pas de consommer des solutions venues d’ailleurs.
Une IA aussi fascinante que déroutante
Vous l’avez compris, Delentra a quelque chose de fascinant dans sa manière de faire descendre l’IA au niveau le plus concret : celui de la souris et du clavier. Là où beaucoup de solutions se cantonnent à une IA qui parle bien, Delentra s’intéresse à une IA qui fait. Sa capacité à travailler avec des logiciels sans API, à orchestrer plusieurs agents en parallèle et à se glisser dans la réalité du bureau sans exiger de tout reconstruire rend la promesse très crédible.
La combinaison d’un hub sécurisé et d’agents installés sur les postes permet en outre de concilier productivité et souveraineté. L’entreprise garde la main sur ses données, tout en donnant à ses équipes un outil capable d’absorber une large part des tâches mécaniques. Pour des directions générales et des DSI soucieuses de reprendre la main sur l’IA sauvage, c’est un argument fort.
Cette même radicalité soulève aussi des questions. L’idée d’un logiciel qui clique à votre place peut déstabiliser, voire inquiéter. Elle suppose une vraie réflexion en amont sur les processus que l’on veut confier à l’IA, sur les garde‑fous, sur la formation des équipes. Sans cadrage, un agent très efficace risque simplement d’automatiser des mauvaises habitudes.
Enfin, le coût par utilisateur impose de rester lucide : Delentra sera réellement rentable là où les tâches à automatiser sont nombreuses et répétitives. Équiper tous les postes d’une petite structure sans usage identifié serait une erreur. Comme toujours avec l’IA agentique, la technologie ouvre un champ immense, mais c’est la qualité du pilotage humain qui fera la différence entre un gadget impressionnant et un vrai levier de transformation.
En savoir plus : Delentra.com

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