Il y a des technologies qui paraissent séduisantes sur le papier et dont on se demande, au fond, si elles vont vraiment changer quelque chose dans la vie quotidienne. La conduite mains libres faisait partie de celles-là. Après tout, les voitures modernes savent déjà accélérer, freiner, maintenir une vitesse et rester au centre de leur voie. Alors, qu’est-ce que le fait de retirer les mains du volant apporte réellement ?
C’est avec cette petite dose de scepticisme que j’ai pris le volant des Ford Puma Gen-E et Kuga équipées de BlueCruise. Je pensais retrouver à peu près la même expérience qu’avec les systèmes d’aide à la conduite que je connais déjà, avec simplement un geste en moins : ne plus tenir le volant. Après l’avoir essayé, je dois pourtant reconnaître que je me trompais. Car le changement est beaucoup plus sensible que je ne l’imaginais.
Les aides à la conduite vont désormais plus loin
Les voitures savent déjà faire beaucoup de choses à la place du conducteur. Le régulateur de vitesse adaptatif peut maintenir une distance avec le véhicule qui précède, le système de maintien dans la voie corrige la trajectoire et le freinage automatique peut intervenir en cas de danger. Ces technologies appartiennent à la famille des ADAS, pour Advanced Driver Assistance Systems, autrement dit les systèmes avancés d’aide à la conduite.
Jusqu’à présent, il restait cependant une différence très concrète : le conducteur devait conserver les mains sur le volant. La voiture pouvait prendre en charge une partie de la conduite, mais il fallait rester physiquement engagé dans la direction.
BlueCruise franchit une étape supplémentaire. Ford le présente comme un système de niveau 2+, capable, sur certaines portions de route, de permettre au conducteur de retirer les mains du volant tout en continuant à regarder la route. Sur le papier, la différence peut sembler assez mince. C’est justement ce que je pensais avant de l’essayer.

Lorsque BlueCruise est actif, le système exploite la fonction d’aide au centrage dans la voie, et maintient la voiture sur sa trajectoire.
À retenir : le niveau 2+
Avec le niveau 2+, la voiture peut gérer simultanément la direction, l’accélération et le freinage dans certaines conditions, tout en permettant au conducteur de retirer ses mains du volant. Mais ses yeux doivent rester sur la route : le conducteur reste responsable de la conduite et doit pouvoir reprendre le contrôle à tout moment.
Je pensais que ce serait un peu un gadget
Je vais être honnête : avant de prendre le volant, je me demandais vraiment si cette fonction n’était pas davantage une démonstration technologique qu’une véritable évolution de la conduite. La voiture sait déjà suivre sa trajectoire et adapter sa vitesse. Si je dois continuer à regarder la route et rester prêt à reprendre le contrôle, pourquoi ne pas simplement garder les mains sur le volant ? Je pensais que les quelques centimètres gagnés entre mes mains et le volant ne changeraient finalement pas grand-chose.
C’est là que mon raisonnement s’est révélé un peu trop théorique. Une fois le système activé, j’ai retiré les mains du volant. Et très rapidement, j’ai découvert que ce n’était pas seulement une question de mains.
Ce sont les épaules qui changent tout
La première sensation est assez étrange. Pendant des années, tenir un volant a été un geste tellement naturel que le fait de laisser les mains libres donne presque l’impression de faire quelque chose d’interdit. On reste pourtant attentif, les yeux sur la route, et la voiture continue à suivre sa trajectoire.
Puis, progressivement, quelque chose change. Mes bras ne travaillent plus de la même façon et, surtout, mes épaules se relâchent. Ce n’est pas spectaculaire. Il ne se passe rien de visible depuis l’extérieur. Mais physiquement, la sensation est bien différente.
C’est à ce moment-là que j’ai compris ce que Ford cherchait à faire avec BlueCruise. La technologie ne change pas seulement la manière dont la voiture se comporte : elle change aussi la manière dont le conducteur se tient dans la voiture. J’ai même eu cette impression assez surprenante d’être passager de ma propre voiture. La voiture continue à conduire, je reste parfaitement attentif, mais mes bras ne sont plus mobilisés pour maintenir la trajectoire.
Et pour moi, c’est finalement là que se trouve le véritable intérêt de la conduite mains libres.
Mais il ne s’agit absolument pas d’une voiture autonome
Il faut évidemment éviter un malentendu. Le fait de pouvoir retirer les mains du volant ne signifie pas que la voiture devient autonome. BlueCruise reste un système d’aide à la conduite de niveau 2+. Le conducteur conserve la responsabilité de la conduite et doit continuer à surveiller la route. Une caméra infrarouge installée dans l’habitacle surveille notamment son attention.
C’est une distinction essentielle. La voiture peut prendre en charge une partie plus importante de la conduite, mais le conducteur reste dans la boucle et doit être capable de reprendre le contrôle à tout moment. BlueCruise ne fait pas disparaître le conducteur : il lui enlève les mains du volant.

BlueCruise utilise la caméra du tableau de bord pour s’assurer que le conducteur regarde la route.
Une combinaison de technologies plutôt qu’un simple maintien dans la voie
Pour fonctionner en mode mains libres, BlueCruise s’appuie sur plusieurs informations à la fois : une cartographie des zones compatibles, un GPS haute précision, les caméras et radars du véhicule ainsi qu’une caméra infrarouge destinée à surveiller le conducteur.
La cartographie permet notamment de déterminer si la route se trouve dans une zone compatible avec le système et elle peut être mise à jour à distance. Les différents capteurs apportent, eux, des informations sur l’environnement immédiat de la voiture. On est donc assez loin d’un simple maintien dans la voie : la voiture croise différentes informations pour déterminer où elle se trouve, dans quelles conditions elle circule et si elle peut continuer à proposer la conduite mains libres.
Les « Blue Zones » imposent cependant leurs règles
C’est aussi pour cela que BlueCruise ne fonctionne pas n’importe où. Ford définit des Blue Zones, c’est-à-dire des portions de route sur lesquelles la conduite mains libres est autorisée. En France, le constructeur annonce une couverture de plus de 95 % du réseau autoroutier, soit environ 12 000 kilomètres. À l’échelle européenne, la couverture annoncée atteint 135 000 kilomètres dans 16 pays.
Ces chiffres peuvent paraître importants, mais ils ne signifient pas que l’on peut retirer les mains du volant sur n’importe quelle autoroute et dans n’importe quelle situation. Des travaux, des voies rétrécies, un marquage insuffisant, certains virages serrés ou encore certaines portions de tunnel peuvent conduire le système à se désengager.
C’est une limite qu’il faut avoir en tête dès le départ. Mains libres ne signifie jamais conduite sans surveillance. La technologie fonctionne dans un cadre précis et peut demander au conducteur de reprendre la main.
Quand la voiture vous demande de reprendre le volant
Cette possibilité de désengagement est finalement au cœur du fonctionnement de BlueCruise. Le système n’est pas censé continuer coûte que coûte lorsqu’une situation sort du cadre dans lequel il peut fonctionner.
Le conducteur doit donc rester disponible. La caméra infrarouge surveille son attention et le système peut lui demander de reprendre le contrôle lorsqu’il ne peut plus assurer les conditions nécessaires à la conduite mains libres.
C’est là que l’on mesure à nouveau la différence avec une voiture autonome. Avec BlueCruise, je peux retirer mes mains du volant, mais je ne peux évidemment pas retirer mon attention de la route. Je peux lâcher le volant. Je ne peux pas lâcher la conduite.
Le tunnel rappelle justement que le système a ses limites
Le fonctionnement dans les tunnels illustre bien cette logique. BlueCruise s’appuie notamment sur la localisation et la cartographie pour déterminer si les conditions permettent de maintenir le mode mains libres. Lorsque les informations nécessaires ne sont plus suffisamment disponibles ou fiables, le système peut se désengager.
Pour le conducteur, la conséquence est très simple : lorsque BlueCruise demande de reprendre la main, il faut la reprendre. C’est une limite importante à comprendre, mais aussi une caractéristique essentielle d’un système d’assistance : il doit savoir reconnaître les situations dans lesquelles il ne peut plus assurer correctement sa fonction.
Ce qui m’a le plus surpris n’est finalement pas la technologie
Après avoir essayé le système, je pourrais vous parler longuement du GPS, des radars, des caméras ou de la cartographie. Tout cela est évidemment intéressant pour comprendre comment fonctionne BlueCruise. Mais ce n’est pas ce qui m’est resté le plus fortement de l’essai.
Ce que j’ai ressenti, ce sont mes épaules qui se détendent et mes bras qui cessent d’être sollicités. C’est assez paradoxal : la voiture ne fait finalement que prendre en charge un geste que je réalisais depuis toujours, mais la sensation générale dans l’habitacle change.
C’est peut-être parce que la conduite est justement faite de beaucoup de petits gestes auxquels on ne pense plus. Tenir le volant en permanence en fait partie. Lorsque ce geste disparaît, même temporairement, on prend soudain conscience de la place qu’il occupait. Et c’est là que mon opinion sur BlueCruise a changé.
Une étape supplémentaire dans les aides à la conduite
Je ne vois donc pas BlueCruise comme une voiture qui commencerait à conduire à ma place. Ce serait lui attribuer une capacité qu’il n’a pas. Je le vois plutôt comme une évolution des systèmes d’aide à la conduite.
Au fil des années, la voiture a pris en charge le freinage dans certaines situations, puis la vitesse, puis une partie de la trajectoire. Avec BlueCruise, elle peut également permettre au conducteur de ne plus maintenir physiquement le volant sur certaines routes.
Le conducteur reste pourtant au centre du dispositif. Il surveille, il reste disponible et il reprend la main lorsque le système le demande. La voiture ne devient pas autonome. Elle devient capable de prendre en charge une partie plus importante de la conduite, pendant que le conducteur reste dans la boucle.
Une technologie qui a aussi un coût
Il faut enfin parler des contraintes très concrètes. La première est évidemment la couverture des Blue Zones. Même si Ford annonce une couverture importante du réseau autoroutier français, BlueCruise ne fonctionne pas partout et peut se désengager lorsque les conditions de circulation ne correspondent plus à celles prévues par le système.
Il faut également accepter que certaines fonctions disponibles sur d’autres marchés ne le soient pas en Europe. Le changement de voie automatique par simple impulsion sur le clignotant, par exemple, n’est pas homologué en Europe. Le conducteur doit effectuer le changement de voie avant que BlueCruise puisse reprendre son fonctionnement.
Enfin, cette technologie a un prix. En France, Ford annonce 25 euros par mois, 280 euros par an ou 1 450 euros pour un accès à vie, avec une période d’essai gratuite de 90 jours.
C’est donc un équipement dont l’intérêt dépendra aussi de l’usage de chacun. Pour quelqu’un qui circule régulièrement sur les grands axes compatibles, l’expérience peut être différente de celle d’un conducteur qui roule essentiellement sur de petites routes ou en ville.
Alors, gadget ou vraie évolution ?
Avant cet essai, j’étais clairement sceptique. Je pensais que retirer les mains du volant serait surtout une jolie démonstration technologique, sans grande différence avec les systèmes d’aide à la conduite que nous connaissons déjà. Après avoir essayé BlueCruise, je dois reconnaître que je me trompais. La différence n’est pas forcément là où je l’attendais. Ce n’est pas seulement une voiture qui fait un peu plus de choses toute seule. C’est aussi un conducteur qui, physiquement, ne conduit plus exactement de la même manière.
Les bras se libèrent, les épaules se détendent et cette sensation assez curieuse apparaît : celle d’être presque passager de sa propre voiture, tout en restant responsable de ce qui se passe.
BlueCruise ne transforme donc pas la voiture en véhicule autonome. Et ce n’est d’ailleurs pas ce que cette technologie promet. Son intérêt est ailleurs : elle enlève les mains du volant sans enlever le conducteur de la conduite. Et après l’avoir essayé, je trouve cette différence beaucoup moins gadget que je ne l’imaginais.
Fiche technique Ford BlueCruise
- Type : système avancé d’aide à la conduite
- Niveau : SAE niveau 2+
- Fonction : conduite mains libres, yeux sur la route
- Surveillance du conducteur : caméra infrarouge
- Capteurs : caméras et radars du véhicule
- Localisation : GPS haute précision et cartographie
- Blue Zones France : plus de 95 % du réseau autoroutier annoncé par Ford, soit environ 12 000 km
- Couverture européenne annoncée : 135 000 km dans 16 pays
- Mise à jour : cartographie mise à jour à distance
- Changement de voie automatique : non homologué en Europe
- Tarif annoncé en France : 25 €/mois, 280 €/an ou 1 450 € à vie
- Essai gratuit annoncé : 90 jours
- Modèles concernés : Mustang Mach-E, Puma, Puma Gen-E, Kuga et Ranger PHEV selon les versions et conditions d’équipement annoncées par Ford
Les plus et les moins
Une différence réellement perceptible dans la sensation de conduite
Des bras et des épaules moins sollicités
Une surveillance du conducteur par caméra infrarouge
Une couverture importante annoncée sur le réseau autoroutier français
Une utilisation limitée aux zones et conditions compatibles
Le conducteur reste responsable et doit surveiller la route
Le changement de voie automatique n’est pas homologué en Europe
Un coût supplémentaire après la période d’essai












