Le constructeur automobile chinois Chery lance officiellement sa marque en France avec les Tiggo 7 et Tiggo 8. Mais derrière ces deux SUV, c’est une stratégie beaucoup plus large que le groupe est en train de mettre en place. J’étais sur place pour découvrir ses ambitions, rencontrer ses représentants et prendre le volant du Tiggo 7.
Le marché automobile français est devenu un terrain particulièrement difficile. Le prix des voitures neuves a fortement augmenté et l’achat d’un véhicule familial représente désormais un investissement important. Dans ce contexte, l’arrivée d’un nouveau constructeur mérite forcément que l’on s’y intéresse, surtout lorsqu’il affirme vouloir rendre l’automobile électrifiée plus accessible.
C’est précisément le terrain choisi par Chery pour faire son entrée en France. La marque lance officiellement sa gamme dans l’Hexagone avec deux SUV, les Tiggo 7 et Tiggo 8, mais la présentation à laquelle j’ai assisté montre rapidement que ces deux modèles ne constituent que la première étape d’une offensive beaucoup plus large.

Le Tiggo 7 avec ses 4,55 mètres et ses cinq places est proposé en hybride simple HEV et en version hybride rechargeable. (Photo Objets du Futur)
Chery veut installer durablement ses différentes marques sur le marché français, développer rapidement son réseau et proposer une gamme suffisamment large pour s’adresser à plusieurs catégories d’automobilistes. J’ai pu rencontrer les représentants du groupe pour comprendre cette stratégie et, surtout, prendre le volant du Tiggo 7. Une première expérience qui ne constitue pas un essai complet, mais qui permet de confronter le discours de la marque à une première réalité sur la route.
Chery veut changer d’échelle
Chery est encore largement inconnue du grand public français. Pourtant, le groupe automobile chinois possède déjà une expérience importante à l’international. Fondé en 1997, il indique avoir distribué plus de 18 millions de véhicules dans 120 marchés et revendique le titre de premier exportateur automobile chinois depuis 23 années consécutives.
Les chiffres présentés lors de la conférence de presse donnent surtout une idée de l’accélération actuelle du groupe. Chery annonce avoir vendu 2,8 millions de véhicules en 2025, dont 1,3 million hors de Chine, et poursuit son développement international avec l’ouverture annoncée de nouveaux marchés.
La France s’inscrit donc dans une stratégie qui dépasse largement le simple lancement de quelques modèles. Le groupe veut y construire une présence durable, avec plusieurs marques, une gamme appelée à s’étoffer rapidement et un réseau commercial et après-vente capable d’accompagner cette progression.
C’est finalement ce qui m’a le plus intéressé lors de cette présentation. Derrière les Tiggo 7 et Tiggo 8, il y a la volonté de faire de la France un marché important pour un groupe qui cherche désormais à accélérer son développement hors de Chine.
Omoda, JAECOO et Chery : trois marques pour une même offensive
L’arrivée de Chery intervient d’ailleurs après celle de deux autres marques du groupe. Omoda et JAECOO sont commercialisées en France depuis le 1er avril 2026 et leur réseau s’est progressivement développé au cours des derniers mois.
Lors de la présentation, Chery a notamment communiqué sur 74 concessions en avril, 84 en juin et plus de 7 000 immatriculations annoncées en août. La marque Chery vient donc compléter un dispositif déjà en place.

Le JAECOO 7 illustre l’offensive menée en France par le groupe Chery, qui s’appuie sur plusieurs marques pour tenter de s’imposer durablement sur le marché automobile français.
Cette organisation permet au groupe de ne pas faire reposer toute son implantation française sur une seule enseigne. Omoda, JAECOO et Chery doivent occuper des positions différentes et proposer des gammes complémentaires, tout en pouvant s’appuyer en partie sur des partenaires et des infrastructures déjà présents dans l’Hexagone.
Le calendrier présenté à la presse confirme cette volonté d’accélérer. Après les Tiggo 7 et Tiggo 8, le Tiggo 4 est annoncé pour octobre, tandis qu’un nouvel Omoda 5 doit arriver en novembre.
Les deux premiers Tiggo ne sont donc que les premières pièces d’un dispositif appelé à prendre rapidement de l’ampleur.
Le prix comme porte d’entrée sur le marché français
Chery a clairement identifié l’un des problèmes actuels de l’automobile française : le prix. Dans les éléments présentés à la presse, le constructeur insiste sur la difficulté croissante pour les automobilistes d’accéder à une voiture neuve et entend se positionner précisément sur cette partie du marché.
La recette annoncée repose sur une combinaison assez simple : des véhicules électrifiés, bien équipés et proposés à des tarifs que le constructeur veut maintenir accessibles.
Le Tiggo 7 illustre parfaitement cette approche. Ce SUV de 4,55 mètres et cinq places est proposé en hybride simple HEV à partir de 26 990 euros, avec une puissance combinée annoncée de 224 ch. La version hybride rechargeable PHEV démarre à 32 490 euros et développe 279 ch selon les données communiquées par Chery.

À l’arrière du Chery Tiggo 7, l’espace disponible est associé à un toit panoramique qui apporte beaucoup de lumière à l’habitacle. La banquette arrière offre trois places et participe à la vocation familiale du SUV. (Photo Objets du Futur)
Le Tiggo 8 s’adresse pour sa part aux familles qui ont besoin de davantage d’espace. Ce SUV hybride rechargeable propose sept places et affiche un tarif de lancement de 38 990 euros.
Ces tarifs constituent évidemment un argument important dans la stratégie du constructeur. Mais ils ne suffiront pas à eux seuls à installer une nouvelle marque. Il faudra également convaincre les clients par les voitures elles-mêmes et par le service qui les accompagne.
L’hybride au cœur de la stratégie
Le positionnement tarifaire n’est d’ailleurs qu’une partie du discours de Chery. Le constructeur veut également s’appuyer sur l’électrification pour répondre aux nouvelles contraintes du marché automobile.
Les modèles français présentés reposent ainsi sur des motorisations hybrides ou hybrides rechargeables. Le Tiggo 7 HEV fonctionne sans recharge extérieure, avec une petite batterie de 1,83 kWh qui accompagne le moteur thermique et permet notamment de récupérer une partie de l’énergie lors des phases de décélération.
Le Tiggo 7 PHEV adopte une batterie beaucoup plus importante de 18,4 kWh et peut, selon les données WLTP communiquées par Chery, parcourir jusqu’à 90 kilomètres en mode électrique. Le constructeur annonce également jusqu’à 1 200 kilomètres d’autonomie combinée.
Dans son discours de lancement, le chinois présente cette stratégie comme une manière de rendre l’électrification plus accessible, avec notamment l’idée de proposer l’hybride rechargeable à un niveau de prix qui reste proche de celui d’un hybride classique.
Sur le papier, l’approche est cohérente. Mais il faudra évidemment confronter ces annonces à la réalité de l’utilisation quotidienne. La consommation réelle, les conditions dans lesquelles l’autonomie électrique est obtenue et le coût d’entretien seront beaucoup plus révélateurs que les seules données de lancement.
Sept ans de garantie pour rassurer les futurs clients
Pour une marque qui fait ses premiers pas auprès du grand public français, le prix ne peut pas être le seul argument. Chery doit également répondre à une question beaucoup plus simple : pourquoi faire confiance à une marque que l’on connaît encore très peu ?
Le constructeur semble avoir identifié ce frein et met notamment en avant une garantie de sept ans ou 150 000 kilomètres, ainsi que sept ans d’assistance routière.
Chery annonce également vouloir accompagner son développement commercial par une organisation après-vente structurée, avec la formation des techniciens et une organisation destinée à assurer la disponibilité des pièces.
Ces éléments sont importants, mais ils devront faire leurs preuves dans la durée. Une garantie peut rassurer au moment de l’achat ; la qualité du réseau, la disponibilité des pièces et la rapidité des interventions deviennent déterminantes lorsque la voiture commence réellement à vivre entre les mains de son propriétaire.
56 concessions au lancement et 90 prévues d’ici la fin de l’année
C’est pour cette raison que le développement du réseau constitue probablement l’un des enjeux majeurs de l’implantation française de Chery. Le constructeur annonce 56 concessions au lancement, réparties dans 44 départements, avec l’objectif d’atteindre au moins 90 sites d’ici la fin de 2026.
Le groupe peut ici s’appuyer en partie sur les partenaires déjà engagés avec Omoda et JAECOO. Sur les 36 investisseurs du réseau Chery initial, 26 travaillent déjà avec ces deux marques.
Cette organisation doit permettre à Chery d’aller plus vite qu’un constructeur qui partirait totalement de zéro. La marque explique par ailleurs vouloir progressivement rapprocher ses points de vente des automobilistes, avec l’objectif annoncé de pouvoir rejoindre une concession en moins de 45 minutes, puis à terme autour de 30 minutes.
Pour une marque nouvelle, la voiture est évidemment essentielle, mais la relation avec le réseau sera probablement l’un des éléments qui permettront de transformer la curiosité en véritable confiance.
Une première prise en main du Tiggo 7
Après avoir entendu Chery présenter ses ambitions, il était évidemment intéressant de passer du discours à la route. J’ai donc pu conduire le Tiggo 7 pendant une cinquantaine de kilomètres, sur une boucle au départ de Montigny-le-Bretonneux, à l’ouest de Paris.

Le poste de conduite du Chery Tiggo 7 avec son double écran de 12,3 pouces.
Le parcours mélangeait voies rapides, autoroute et petites routes de campagne. Une configuration suffisamment variée pour avoir un premier aperçu de la voiture dans plusieurs situations, même si cette courte prise en main ne permet évidemment pas de tirer les conclusions d’un essai longue durée.
Mon premier ressenti est plutôt positif. Le Tiggo 7 s’est montré agréable à conduire et m’a surtout donné une impression de sérieux. Les assemblages m’ont semblé bien ajustés et l’habitacle m’a paru plutôt plaisant. Les matériaux sont, à mes yeux, très corrects compte tenu des tarifs annoncés par Chery.
Ce premier contact est intéressant parce que la voiture ne donne pas l’impression d’avoir été conçue uniquement pour être moins chère. Il faudra évidemment que je puisse la conduire beaucoup plus longtemps pour vérifier cette première impression, notamment sur les longs trajets, le confort, la consommation et le comportement des différentes aides à la conduite.
J’ai néanmoins identifié un point qui mériterait, à mon avis, d’être amélioré : le combiné d’instrumentation numérique. Certains pictogrammes verts apparaissent très pâles sur le fond gris clair et manquent parfois de contraste. En conduisant, il m’est arrivé de devoir me pencher légèrement pour identifier la signification de certains symboles.
J’aurais apprécié de pouvoir personnaliser davantage cet affichage, par exemple en intervenant sur les couleurs, le contraste ou la présentation. Reste à voir si Chery fera évoluer cet élément avec de futures mises à jour logicielles. La documentation française du Tiggo 7 que j’ai consultée ne permet pas aujourd’hui de confirmer cette possibilité.
C’est un détail, mais c’est aussi le genre de détail que l’on découvre en conduisant et qui n’apparaît évidemment pas dans une présentation de presse.
Chery arrive dans un marché où ODF a déjà testé BYD et Dacia
Cette arrivée de Chery ne se fait évidemment pas dans un paysage automobile vierge. Au fil de mes essais pour ODF, j’ai déjà pu prendre le volant de plusieurs modèles qui permettent de regarder cette offensive avec un peu de recul.
Avec la BYD Seal 6 DM-i, puis plus récemment avec le BYD Atto 3 Evo, j’ai pu observer deux propositions d’un constructeur chinois qui a déjà engagé sa propre offensive sur le marché européen. Ces expériences sont intéressantes à mettre en regard de celle de Chery, notamment sur la question de l’électrification, de la technologie embarquée et du rapport entre équipement et prix.
À l’autre extrémité, mes essais du Dacia Bigster et du Dacia Duster 4×4 montrent une autre manière de répondre aux attentes d’automobilistes qui restent particulièrement attentifs au budget. Dacia ne joue évidemment pas la même carte technologique que les constructeurs chinois, mais la marque a construit une partie de son succès sur une idée qui reste particulièrement actuelle : proposer l’essentiel au meilleur prix possible.
Ces quatre expériences permettent donc de replacer l’arrivée de Chery dans une évolution plus large du marché automobile. Les recettes sont différentes, mais la question posée aux constructeurs est finalement assez proche : comment proposer aujourd’hui une voiture suffisamment moderne, polyvalente et désirable sans faire exploser le budget de l’automobiliste ?
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Chery a maintenant les cartes en main
Au terme de cette rencontre, une chose me paraît assez claire : Chery arrive en France avec des ambitions qui dépassent largement le lancement de deux SUV.
Le groupe dispose déjà de plusieurs marques présentes ou en cours de déploiement, d’un réseau qui doit continuer à s’étendre, d’une gamme appelée à se développer rapidement et d’un positionnement tarifaire clairement assumé. Les Tiggo 7 et 8 constituent la première étape de cette nouvelle phase, tandis que le Tiggo 4 doit prochainement compléter l’offre.
Reste maintenant le plus difficile : transformer cette proposition séduisante sur le papier en véritable confiance auprès des automobilistes français. Proposer des voitures électrifiées et bien équipées à des tarifs compétitifs est une chose ; convaincre un client de confier pendant plusieurs années une partie importante de son budget à une marque qu’il connaît encore à peine en est une autre.
Pour cela, Chery devra démontrer dans la durée la fiabilité de ses voitures, la qualité de son réseau et sa capacité à accompagner ses clients. C’est sur ces éléments, davantage encore que sur les chiffres annoncés lors du lancement, que se jouera probablement son implantation française.
Cette première rencontre m’a en tout cas donné envie d’aller plus loin. La prise en main du Tiggo 7 m’a laissé une première impression intéressante, mais un véritable roadtrip serait beaucoup plus révélateur qu’une cinquantaine de kilomètres autour de Paris.
Quel modèle voulez-vous voir partir en roadtrip avec ODF ?
C’est donc à vous de choisir la suite.
Si je devais prendre la route pendant plusieurs jours avec un modèle du groupe Chery, lequel aimeriez-vous voir partir avec moi ? Le Tiggo 4, le Tiggo 7 ou le Tiggo 8 ? Ou préférez-vous que je parte plutôt à la découverte d’un modèle Omoda ou JAECOO ?
Dites-moi dans les commentaires celui que vous aimeriez voir testé en priorité. Après cette première rencontre avec Chery, il me semble que c’est maintenant sur la route, sur plusieurs centaines de kilomètres, que nous pourrons réellement commencer à répondre à la question essentielle : ces nouvelles marques chinoises peuvent-elles trouver durablement leur place sur le marché automobile français ?












